Swann Oberson : «j'espère faire un podium à Londres»
04.01.2010 - Le Matin: Désormais, dans le top 5 mondial des nageuses en eau libre, Swann Oberson aborde la saison 2010 sereinement. En pensant chaque jour aux JO de 2012.
Ça y est. Ils sont là. Finement entrelacés sur son pied droit. «Je voulais me faire tatouer les anneaux olympiques depuis les Jeux de Pékin, il y a plus d'une année. Mais j'ai hésité, hésité. Et puis, pour pouvoir le faire, il fallait que je n'aille pas dans l'eau pendant quelques jours. Ce qui n'arrive que rarement... Finalement, j'ai profité de mon mois de pause après la saison 2009 et je me suis lancée!» Sixième de l'épreuve des 10 km de natation en eau libre (open water) aux JO de 2008, Swann Oberson n'oubliera donc jamais ce «résultat incroyable».
«C'est tellement cool d'avoir ça sur le pied. Chaque fois que je le vois, je me souviens de ces moments magiques, inexplicables.» Un tatoo qui, chaque jour, la projette en 2012, à Londres. «J'espère aller à ces Jeux et faire mieux qu'à Pékin. Et mieux que sixième, c'est un podium...»
Dans l'ambulance Des rêves de métal précieux. La Genevoise peut légitimement en avoir en cette fin d'année. Car, après la déception des Mondiaux de Rome en août dernier - «A cause des conditions météo, les organisateurs ont programmé le 10 km en eau libre le lendemain du 5 km. C'était affreux. Je me disais: «Mais qu'est-ce que je fais là?» J'étais en hypothermie, j'ai fini dans l'ambulance...» -, elle a su se reprendre pour «faire de belles choses en Coupe du monde».
Et, en décrochant la 5e place du classement général final, la jeune femme n'a pas seulement obtenu un chèque de 4000 dollars. Elle s'est surtout affirmée comme l'une des meilleures nageuses mondiales sur les longues distances. «En intégrant le top 5, j'ai changé de statut, constate l'athlète. Avant j'étais la petite nouvelle dans l'eau libre. Maintenant, je sens que j'ai un peu plus ma place, que je suis plus considérée. Mais j'ai encore une grande marge de progression.»
Swann Oberson sait qu'elle doit notamment améliorer sa résistance en eau froide. «Il y a des fous, certains nagent à 16 degrés! Mais, moi, faire deux heures d'effort à moins de 20 degrés, je ne peux pas. Ou alors il faut que je prenne des kilos.» Mais le plan d'eau londonien dans lequel elle devrait se baigner en 2012 n'est «apparemment pas plus chaud». «Donc il faudra que, d'ici là, je m'habitue. Elena Nembrini, qui s'occupe de moi en équipe de Suisse, m'a conseillé d'aller me tremper dans le lac plusieurs minutes sans bouger...»
Mais il en faudra plus pour la refroidir. «Car Swann a un esprit laborieux, une belle détermination. Elle va au bout des choses», souligne Jean Lagier, qui l'entraîne depuis ses premiers barbotages. Ou presque. «En fait, j'ai commencé avec ma maman, aux bébés nageurs. Ensuite, elle nous a mis, mon petit frère et moi, à l'école de natation. Elle voulait absolument qu'on sache nager avant de partir en famille pour un tour du monde en voilier - qu'on n'a jamais terminé, parce que maman avait trop le mal de mer. Mon frère était plus doué que moi, confie-t-elle sportivement. Mais il n'aimait pas la natation, il a vite arrêté. Moi j'ai continué.» Coachée par Jean Lagier. «Swann a commencé tôt, mais elle n'a montré le bout de son nez dans les compétitions internationales que vers 16-17 ans, explique-t-il. Elle a connu une ascension progressive et c'est une chance. Car il y a toujours le risque d'exploser trop vite et d'être dégoûté de son sport.»
Allergique au poisson A 23 ans, Swann Oberson suit des cours du soir pour obtenir, l'année prochaine, sa maturité (option biologie-chimie). Ce qui lui permet de se changer les idées, d'être «vraiment cool» dans sa tête. Et d'avoir toujours autant de plaisir à nager. Comme le poisson auquel elle est... allergique! Nager. Longtemps, très longtemps. «C'est clair, je ne suis pas une sprinteuse. J'aime les longues distances. L'open water, c'est le marathon de la natation.» Elle y a plongé en 2006. «Je n'avais jamais vraiment essayé. Je l'ai tenté aux championnats de Suisse. Ensuite j'ai obtenu deux titres nationaux sur 5 km, de bons résultats en Coupe d'Europe et j'y ai pris goût.»
Qu'aime-t-elle dans le fait de nager en eau libre et parfois trouble - «En Chine, à Shanton, on avait l'impression que c'était l'eau des toilettes, ça puait!» - plutôt qu'en piscine? «Il y a une autre ambiance. En piscine, c'est la prise de tête, hypersérieux. On ne se parle pas entre adversaires. En open water, c'est plus familial. On est environ 40 athlètes et pendant plusieurs mois on est quasiment toujours ensemble. On tisse des liens, les amitiés sont possibles.» Les crêpages de chignon aussi. «En compétition, ce sont toujours les mêmes qui ne sont pas réglo. Elles tirent, tapent, se mettent même sur toi! Les garçons ne font pas ça.» Alors pourquoi ces coups bas chez les filles? «Parce que ce sont des chieuses», lâche Swann Oberson en riant. Avant d'avouer: «Oui, j'ai déjà donné des coups de coude. A un moment donné, tu es obligée pour pouvoir avancer.»
Et, parfois, il faut même se défendre contre les habitants des lieux. «Un jour, une méduse est entrée dans ma combinaison, elle s'est placée sur ma poitrine. Je nageais d'une main et de l'autre j'essayais de l'enlever. Mais impossible. A l'arrivée, j'ai eu de plaques d'urticaire et j'avais gonflé...»
Un petit coup de stress sur le moment. Une anecdote dont elle rit à la veille du coup d'envoi de la saison 2010, le 31 janvier au Brésil. «Mon podium à Hongkong, le premier en Coupe du monde, m'a donné confiance. Maintenant, je me sens vraiment bien.»

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